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27 Décembre

Enrico Berlinguer

25 mai 1922 – 11 juin 1984

Il nait dans une famille d’intellectuels imprégnée de culture « risorgimentale » (la renaissance Italienne ou « l’esprit des Lumières » et socialiste à Sassari, en Sardaigne. Il entre en contact très jeune avec le mouvement antifasciste. Inscrit en 1944 au Parti communiste italien (P.C.I.), il y fait une carrière rapide. Secrétaire général de la Fédération de la jeunesse communiste de 1949 à 1956 et président de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique de 1950 à 1953, il est appelé par Togliatti, secrétaire général du P.C.I., au sein du groupe dirigeant en 1956. D’abord directeur de l’école des cadres puis vice-secrétaire régional en Sardaigne, il est nommé en 1958 à la tête de la section d’organisation. Centre de pouvoir important, cette charge lui permet aussi de poursuivre l’œuvre de Togliatti et de faire du P.C.I. un grand parti de masse, à l’abri des tentations sectaires et ouvriéristes, bien intégré à la société et donc capable de s’adapter aux mutations socio-économiques. Il est choisi comme vice-secrétaire lorsqu’une grave maladie frappe le chef du parti, Luigi Longo, en 1969, il lui succède donc naturellement à sa mort en 1972. Il doit son accession au pouvoir, non seulement à ses qualités intellectuelles et à son appartenance à la troisième génération communiste, mais aussi à sa position médiane dans le parti, il paraît mieux à même de promouvoir d’indispensables changements sans provoquer de lacérations brutales.

Le bilan des douze années de secrétariat de Berlinguer sera marqué par une période, de 1972 à 1978, qui est celle des succès éclatants. Le P.C.I. connaît une forte croissance électorale (de 27,2 % des suffrages en 1972 à 34,4 % en 1976), bénéficiant seul de la poussée à gauche enregistrée lors du référendum sur le divorce en 1974 et des élections régionales de 1975.

A partir de 1979, la politique du P.S.I. (de Bettino Craxi) visant à rééquilibrer les rapports de forces à gauche en isolant les communistes présente un réel danger. Berlinguer mène alors une opposition très dure qui fait du P.C.I. le point de rassemblement de tous les mécontents et de toutes les victimes de la crise. On le verra ainsi aux portes des usines Fiat encourager les ouvriers en grève en septembre 1980 et surtout mener à partir de février 1984 une lutte sans merci (des manifestations de rue à l’obstruction parlementaire) et victorieuse. La très forte mobilisation sociale orchestrée par le P.C.I. ne sera sans doute pas étrangère à la grande victoire électorale du parti aux élections européennes de juin 1984 (34 % des suffrages).

Victoire posthume pour Berlinguer, frappé d’une hémorragie cérébrale en prononçant le dernier discours de sa campagne, mais qui reste auréolé de la gloire d’avoir supplanté la D.C. à la première place des partis italiens. À sa mort, il laisse donc un parti victorieux.

Il reçut, au moment de sa mort, le 11 juin 1984 à Padoue (Vénétie) un extraordinaire hommage qui lui fut rendu par la population et la classe politique italienne.

Cet hommage témoigne de la singularité de la place occupée par le secrétaire général du Parti communiste dans la vie politique et culturelle de son pays. Une large part de l’émotion et du respect unanimement exprimés est due au prestige personnel d’un homme en apparence peu fait pour gagner les suffrages des foules. Taciturne et réservé, d’une grande rigueur morale et intellectuelle, ce « janséniste » sarde apparaît comme l’antithèse du politicien italien. Mais ce contraste explique sans doute une partie de sa popularité. Il sut lui-même concilier les contraires : fils de grands bourgeois et orateur peu brillant, il trouve néanmoins les mots justes pour parler à la classe ouvrière. Apôtre de la rigueur, il est le théoricien du compromis. Traditionaliste, il introduit le changement.

Enfin, E. Berlinguer reste une figure exemplaire non seulement pour la classe politique italienne mais pour la gauche mondiale. Il le doit en partie à son charisme personnel et à la forte tension morale qui animait son action, mais aussi à l’importance de celle-ci dans trois domaines essentiels. Dans le domaine national, son combat sans réserve contre le terrorisme en a fait le plus sûr garant de la démocratie. Dans le domaine idéologique, il a considérablement élargi les bases théoriques et pratiques du communisme italien. Il est aussi un acteur essentiel du dialogue Nord-Sud renforcé avec les partis progressistes du Tiers Monde et de la détente Est-Ouest par la reprise des négociations et l’organisation d’un vaste mouvement pour la paix.

 

19 mai 1979 Marseille – Meeting commun PCF – PCI