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19 Décembre

Víctor Lidio Jara Martínez

le 28 septembre 1932 et mort à Santiago, à la mi-septembre 1973

Chanteur populaire chilien, membre du Parti communiste chilien, il fut l’un des principaux soutiens de l’Unité populaire et du président Salvador Allende. Ses chansons critiquent la bourgeoisie chilienne (Las casitas del barrio alto, Ni chicha ni Limoná), contestent la guerre du Viêt Nam (El derecho de vivir en paz), rendent hommage aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido de Pancho Villa, Camilo Torres, Zamba del Che), mais aussi au peuple et à l’amour (Vientos del pueblo, Te recuerdo Amanda).

Arrêté par les militaires lors du coup d’État du 11 septembre 1973, il est emprisonné et torturé à l’Estadio Chile (qui se nomme aujourd’hui stade Víctor Jara) puis à l’Estadio Nacional avec de nombreuses autres victimes de la répression qui s’abat alors sur Santiago. Il y écrit le poème Estadio Chile (aussi connu comme la chanson-titre Canto qué mal me sabes) qui dénonce le fascisme et la dictature. Ce poème est resté inachevé car Víctor Jara est rapidement mis à l’écart des autres prisonniers. Il est assassiné entre le 14 et le 16 septembre après avoir eu les doigts coupés par une hache.

Après avoir été enterré semi-clandestinement le 18 septembre 1973, il est enterré le 5 décembre 2009 (après trois jours d’hommage populaire) dans le cimetière général de Santiago à laquelle assiste en sus de personnalités du pays plus de 5 000 personnes. Après un parcours à travers les différents quartiers de Santiago, les restes du chanteur sont apportés au Mémorial de Detenidos Desaparecidos, pour une cérémonie intime où sa famille lui a rendu hommage, avant que Victor Jara ne soit enterré au cimetière général. Certaines de ses chansons les plus connues, comme Te recuerdo Amanda ou Plegaria a un labrador, sont entonnées par le public présent.

Victor Jara est né d’un couple de paysans modestes, installés non loin de la capitale chilienne. Il semble que sa mère était elle-même chanteuse à ses heures, ce qui a pu inspirer le jeune Victor, auquel elle apprit les rudiments de la guitare.

Ses carrières théâtrale et musicale suivent des trajectoires parallèles à partir de 1957. Il voyage en Argentine, au Venezuela, au Paraguay et à Cuba (1959). Il réalise une tournée en Europe en 1961 (France, Hollande, URSS, Europe de l’Est…). Ses qualités artistiques sont appréciées, puisqu’il devient en 1963 directeur de l’Académie folklorique de la Maison de la Culture de Ñuñoa, et intègre l’équipe de direction de l’institut théâtral de l’université du Chili (Ituch). Il est ainsi professeur de plateau de 1964 à 1967, dans le cadre de l’université. En 1965, il est primé, et la presse commence à s’intéresser à ce directeur d’acteurs infatigable et talentueux. Sa carrière musicale n’est pas entre parenthèses pour autant, puisqu’il prend la direction du collectif Quilapayún en 1966.

En 1967, c’est la consécration. Encensé par la critique pour son travail théâtral, il est invité en Angleterre par le consul britannique. Parallèlement, il enregistre avec la maison de production Emi-Odeón, qui lui remet un disque d’argent.

La période 1969-1970 marque l’apogée de sa carrière théâtrale. Professeur invité à l’École de théâtre de l’université catholique en 1969, il monte Antigone de Sophocle. Il monte également Viet-Rock de Megan Terry avec l’Ituch. En 1970, il est invité à un festival international de théâtre à Berlin, et participe au premier Congrès de théâtre latinoaméricain à Buenos Aires.

Sa carrière de chanteur et de compositeur prend par ailleurs son rythme de croisière. Il gagne en 1969 le premier prix du festival de la nouvelle chanson chilienne, et chante lors du meeting mondial de la jeunesse pour le Vietnâm à Helsinki. Cet engagement politique de plus en plus affirmé, et il s’engage dans la campagne électorale de l’Unidad Popular de Salvador Allende. Victor Jara estime à l’époque qu’il peut être plus utile par la chanson, ce qui lui donne l’opportunité de s’adresser au pays entier. Il délaisse alors le théâtre et de fait, il se met au service du gouvernement Unidad Popular.

La sortie de La población (Dicap, 1972) témoigne de la ferveur communiste et nationaliste de l’artiste. Il réalise en 1972 une tournée en URSS et à Cuba, où il est invité pour le Congrès de la musique latinoaméricaine de La Havane. Présent sur tous les fronts, Victor Jara dirige également l’hommage au poète Pablo Neruda (qui vient de recevoir le prix Nobel) dans le stade national de Santiago, et n’hésite pas à s’enrôler parmi les travailleurs volontaires lors des grandes grèves de 1972.

Soutenant toujours activement la campagne législative Unidad Popular en 1973, il chante lors de programmes destinés à la lutte contre le fascisme et contre la guerre civile à la télévision nationale, l’année 1973 est également l’occasion de travailler sur ses derniers enregistrements, qui mettent à l’honneur le patrimoine culturel et musical chilien. Il en résulte un album, Canto por traversura, qui est plus tard interdit à la vente.

Aux élections législatives de mars 1973, l’opposition du parlement à Allende s’amplifie, bien que celui-ci reste chef de l’État. Il décide de légiférer par décrets afin de passer outre l’assemblée, et recherche un massif soutien populaire. Le Chili est au bord de la guerre civile. En août 1973, Allende nomme Augusto Pinochet à la tête de l’armée. Pinochet renverse le gouvernement Allende le 11 septembre 1973.

Le jour du coup d’État de Pinochet, Victor Jara est en route vers l’université technique de l’État où il officie depuis 1971, pour l’inauguration chantée d’une exposition avant de rejoindre Allende au palais présidentiel. Il est enlevé par les militaires et transféré au Stade national en compagnie d’autres militants pro-Allende. On le torture et on lui écrase les doigts en public; il meurt ensuite criblé de 44 impacts de balles entre le 14 et le 16 septembre 1973, quelques jours avant son 41 anniversaire. Un jeune fonctionnaire, chargé d’identifier les corps par la junte, reconnaît celui de Jara et arrive à le ramener clandestinement à sa femme.

Son martyre correspond aussi à la naissance d’un mythe. Ses derniers instants sont devenus célèbres dans le Chili post-Pinochet par l’intermédiaire du témoignage de l’écrivain Miguel Cabezas. Après l’avoir malmené, les militaires lui ont tranché les doigts avant de lui intimer l’ordre de chanter. Victor Jara aurait défié les soldats de Pinochet en se tournant vers les militants détenus avec lui et en entonnant l’hymne de l’Unité Populaire. Les militaires l’auraient alors exécuté par balles, ainsi que la majorité des militants qui avaient repris son chant en chœur. Cet épisode est repris et chanté dans le monde entier par la suite : notamment Julos Beaucarne et Jean Ferrat dans Le bruit des bottes.

Une quarantaine d’années après les faits, la justice chilienne juge et incarcère une quinzaine de responsables de la mort de Jara, dont quatre personnes s’étant rendues à la police.