Centrale thermique de Gardanne : Pierre Dharréville interpelle Nicolas Hulot

13/03/18 | Élu·e·s, Parlementaires

Pierre Dharréville

Député de la 13ème Ciconscription des Bouches-du-Rhône

Pierre Dharréville

Monsieur le Ministre,

Le Président de la République a confirmé récemment l’objectif d’arrêter, à l’horizon 2021, les quatre centrales thermiques fonctionnant au charbon dans notre pays. Cette annonce suscite de vives inquiétudes chez les salariés et les organisations syndicales, à la fois aux plans environnemental et social, comme en termes de sécurité d’approvisionnement.

Une mission interministérielle a été mandatée pour mesurer l’impact d’une telle décision. Dans ce cadre, les propositions des salariés doivent être étudiées et prises en compte.

Dans mon département, leur mobilisation, avec le syndicat CGT, a permis de maintenir l’activité de la centrale de Provence malgré la privatisation de la SNET en 2008 et son passage sous le contrôle du groupe E.ON. En 2014, la lutte des salariés de la centrale de Gardanne a permis d’obtenir la conversion de la tranche 4, promise à la fermeture, à la biomasse et le maintien des emplois statutaires malgré le plan de sauvegarde de l’emploi mis en place par la direction d’UNIPER, devenu, entre temps, le nouvel acquéreur. En 2016, ils se sont opposés à la mise en place de la taxe carbone qui, telle qu’imaginée, n’aurait jamais atteint ses objectifs supposés et eu des effets dévastateurs.

Devant le projet de fermeture pure et simple annoncé de manière unilatérale et intempestive par le gouvernement et le Président de la République, les salariés s’interrogent d’autant plus sur leur avenir qu’ils sont sous le pavillon d’un groupe privé dont on craint qu’il commence à organiser son retrait pur et simple du territoire.

L’arrêt total des centrales charbon en France en 2021 – on n’est plus dans l’ordre de la « transition » – soulève de nombreuses questions quant à sa faisabilité, ses modalités et ses conséquences. Il eût fallu s’y pencher avant de produire de grandes déclarations.

De quoi parle-t-on ? Les émissions de CO2 des Centrales charbon représentent 1% du total des émissions de CO2 dans notre pays, le secteur du transport routier en étant le premier responsable. L’impact réel de cette mesure en faveur de l’environnement menace donc de n’être que symbolique et de confiner à la mesure d’affichage. En revanche, leur fermeture pourrait être d’autant moins bénéfique que pour pallier le manque de production, la France risque d’être contrainte d’importer de l’électricité produite dans les pays limitrophes, notamment à partir du charbon (qui représente aujourd’hui 46% de la production mondiale d’électricité, étant la matière première la mieux répartie dans le monde).

La transition énergétique est une nécessité et nous devons inventer le mix énergétique de l’avenir. C’est pourquoi la question se pose : est-ce là que peuvent se faire les meilleurs progrès en matière de réduction des émissions de CO2 dans l’immédiat pour notre pays ? Et, à ce stade, notre mix peut-il exclure complètement le charbon ? Car pour symbolique qu’elle soit, cette mesure pour avoir des effets se traduisant par de l’effacement et des délestages au détriment de la réponse aux besoins des particuliers et de l’industrie, puisque le charbon permet de maintenir l’équilibre du réseau lors des pointes de consommation.

Le sujet est d’autant plus prégnant que notre région accuse un déficit énergétique et connaît des difficultés d’alimentation à l’Est. De plus, le développement de l’industrie est étroitement lié à la production d’électricité.

Aussi, autant le dire sans ambages, la « mise sous cocon » des centrales ne peut être un palliatif crédible à la fermeture. En effet, le redémarrage des unités arrêtées en cas d’augmentation de la demande en énergie resterait à coup sûr au stade de la théorie.

D’autres pistes méritent d’être étudiées pour un mix énergétique permettant de répondre aux besoins avec une production plus respectueuse de l’environnement et riche en emplois. Mais aussi pour une action vigoureuse contre les émissions de gaz à effets de serre, en particulier dans le domaine des transports – en soutenant le développement du transport collectif public notamment du ferroviaire (marchandises et voyageurs) qui est le mode de transport le moins polluant – ou des économies d’énergie dans l’habitat – en soutenant, notamment les programmes de renouvellement urbain (NPNRU).

Il convient sur chacun des sites de production d’anticiper l’avenir et de faire grandir avec les salariés des projets permettant de préserver la capacité de production d’électricité. Faire sans, c’est se priver d’une force motrice pour la transition énergétique. A Gardanne, de premiers efforts ont déjà été fournis en installant une tranche biomasse produisant du CO2 neutre au côté du CO2 issu de la combustion du charbon sur lit fluidifié. La modification des centrales à charbon, leur propre transition doit être pensée et organisée, ce que ne prévoient pas les annonces couperet.

Dans cette perspective, la CGT propose de conserver les quatre centrales charbon en activité mais d’en faire des sites qui répondent aux besoins en énergie et aux normes d’émissions. Pour cela, elle préconise de financer la recherche afin de développer des techniques novatrices de production capables de réduire les émissions de CO2. De plus, partout s’inventent et s’expérimentent des technologies pour capter le CO2 et le valoriser, comme c’est le cas avec le projet Jupiter 1000 à Fos-sur-Mer : n’y a-t-il pas à investir rapidement dans cette quête d’une économie circulaire d’avenir ?

Si le gouvernement doit contraindre les industriels à prendre leurs responsabilités en matière économique, sociale, environnementale et à investir dans la recherche et les nouvelles technologies, un service public pleinement déployé dans son rôle ne doit-il pas être à la pointe de ces innovations ?

Si nous pensons avec une conviction renouvelée qu’un pôle public de l’énergie serait le mieux à même de garantir une utilisation vertueuse des ressources, de bonnes conditions de production, l’égalité d’accès à l’électricité et la qualité de la transition énergétique, ces quatre unités de production ne gagneraient-elles pas à être, dans un premier temps, regroupées dans une structure publique permettant de maîtriser pleinement leur évolution ? C’est la meilleure formule pour construire des stratégies de long terme au service de l’intérêt général de notre pays, des humains et de la planète.

Aussi, pourquoi ne pas ouvrir une discussion entre tous les acteurs concernés par l’avenir des centrales charbon : les ministères concernés par la décision d’arrêter les centrales charbon, les représentants de l’État dans les régions concernées, les directions des entreprises exploitant les installations (EDF et Uniper), les organisations syndicales représentatives des salariés…

Compte tenu des enjeux que revêt l’avenir des centrales charbon pour nos territoires, c’est la proposition que nous soutenons avec mon collègue député de Seine-Maritime, Jean-Paul Lecoq : la convocation d’une table ronde paraît s’imposer. C’est pourquoi, je vous saurais gré, Monsieur le ministre, de répondre favorablement cette demande.

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